En Normandie foire du Cotentin

Les foires de la Manche

Aujourd’hui

Par tout ce qu'elle détermine, la foire constitue un événement majeur. Sans doute fait-elle, d'abord, et en apparence plus qu'en vérité, partie d'un patrimoine orienté vers le monde agricole.

Dans la réalité, elle transporte une vie singulière, elle donne à voir et à penser parce qu'elle aborde ou touche des faits qui entrent dans la richesse culturelle de toute une région. On la croit agricole, elle est générale. Elle n'appartient à aucun monde puisqu'elle entretient des rapports avec tous les mondes.

Nombreuses et particulièrement vivantes en maintes cités depuis des siècles, les foires étaient trop dépendantes des modes de vie, trop sensibles aux mutations de la société, trop fragilisées par les ruptures des hommes pour n'être pas le reflet des évolutions sociales.

Aujourd'hui, elles ont pris des noms nouveaux, étranges parfois. Souvent, elles ne vivent plus guère que de la nouveauté ou des festivités qu'elles avaient créées. Elles ont retrouvé ainsi une grande part de leur aspect originel, celui de rassemblements autour d'un prétexte ou d'une fête.

Foire aux chevaux (Bricquebec) Foire aux chevaux (Falaise) Foire de Lessay Foire de Lessay


Hier

Le mot foire ("feire" au XIIe siècle, forme conservée dans la langue normande) vient d'un latin vulgaire "feria" au sens de "marché, foire, jour férié". Cette approche du mot se révèle déjà significative.

Un certain nombre de foires de Normandie furent créées par les ducs de Normandie à l'époque carolingienne. Puis, au fil du temps, il semble que la création se fit également sous l'autorité des comtes et des vicomtes dépendant d'un duc. Déjà, avant 1050, des petits seigneurs disposaient de foires. L'église, quant à elle, ne semble en avoir possédé intégralement qu'un petit nombre. Par contre, elle était associée à leur exploitation avec un seigneur (laïc). Certaines foires ont été organisées par des monastères. Ce fut le cas de la foire de Lessay ouverte au XIIIe siècle pour aider au développement de l’agriculture et pour confor­ter les revenus du monastère.

Plusieurs foires remontent ainsi au Moyen Âge où elles rassemblaient des foules et des quantités d'activités. La plus importante était la foire du "Lendit" qui se tenait alors dans la plaine Saint‑Denis, sur la terre de l’abbaye de Saint­ Denis, sensiblement à mi‑chemin entre Paris et Saint‑Denis (précisément au lieudit actuel "Landit"). Cette foire était aussi la plus ancienne de notre pays. Elle avait été créée par Dagobert Ier pour répondre à des besoins commerciaux. Renouvelée au XIIe siècle, elle fut d'abord une foire à tout qui commençait le 11 juin (jour de la Saint‑Barnabé) de chaque année et durait quinze jours. Le clergé de Paris y venait en procession et, à cette occasion, il exposait au peuple des fragments de la vraie Croix, ce qui donnait à cette manifestation un caractère quasi sacré. Ainsi, le clergé participait pleinement. On sera tenté logiquement d'établir un rapprochement avec l’appellation de "Grande Sainte Croix" attribuée à l'énorme et très ancienne foire de Lessay dans la Manche.

Foire normande Foire normande Foire de Gavray


À la foire du "Lendit" se retrouvaient les représentations de toutes les villes importantes du royaume et les boutiques de tous les corps de métiers. Cette foire rassemblait des foules considérables. Des gens de tous rangs venus pour bien manger, pour boire, pour se distraire. On écoutait les ménestrels, on s'amusait des tours des acrobates, des prestations de toute une faune de saltimbanques, mais il ne s'y traitait pas d'affaires d'animaux. C’est seulement au cours du XVIe siècle que cette foire se transforma en foire aux bestiaux. Cet exemple de la foire du Lendit nous permet d'imaginer ce que furent les grandes foires populaires de Normandie à leur début : des rassemblements qui répondaient à des besoins com­merciaux très divers et qui pouvaient avoir reposé, à l’origine, sur des événements à caractère religieux. Et puis, on commença d'introduire des présentations d'animaux. Les foires aux bestiaux et aux chevaux naissaient. Mais, comme elles plongeaient leurs racines dans des manifestations commerciales d'une grande diversité, dans des assemblées festives, elles prirent progressivement la forme qu'elles revêtaient au XIXe et au XXe siècle : marché aux bestiaux et/ou aux chevaux accompagné d'un marché à tout et d'une fête populaire.

Anciennement, existaient, dans les quartiers de certaines villes, dans les bourgs et même dans des villages, des rassemblements périodiques qui, en Normandie notamment, étaient appelés des "assemblées". C'étaient des manifestations à caractère généralement religieux accompagnées de moments de fête. Parallèlement se succédaient dans les mêmes lieux, à intervalles inégaux des foires aux animaux plus ou moins importantes. Ces trois événements coïncidaient fréquemment, ainsi se déroulaient dans la même période une cérémonie religieuse à la gloire d'un saint, une foire qui portait souvent le nom de ce saint (ou d'un fait considéré comme sacré) et une fête populaire.

En maints endroits, même si la cérémonie religieuse s'est effacée, les foires ont continué d'être organisées, accom­pagnées d'une fête foraine de plus ou moins longue durée qui attirait des foules parfois conséquentes. C'est ce que nous appellerons "foires populaires".

Poissonnerie rue Grande Rue (Cherbourg) Marché aux cochons (Valognes) Marché aux cochons (Valognes)